Histoire de vie de Joss et

approche monographique 

 

Histoire 1

 

 

1  Interprétation de l'expression et de la position de l'être-sujet-au-monde dans la première histoire de Joss:


 

 

Joss, licenciée en psychologie, trente-quatre ans, mariée, deux filles de huit et quatre ans.

 

Mes parents étaient commerçants, je me souviens qu'ils n'avaient pas beaucoup de loisirs mais nous, si. Je n'ai aucun souvenir particulier de mes études primaires et secondaires si ce n'est l'histoire d'un petit poussin que j'avais réalisé en maternelle avec de la feutrine, j'étais dans l'enseignement privé, on a été élevé dans la religion catholique, et c'était interdit d'être gauchère. On m'a fait refaire mon poussin avec la main droite mais il était beaucoup moins beau, j'ai dû m'en contenter, l'autre a été jeté à la poubelle. En fait, je suis une gauchère contrariée. Après, j'ai vécu une scolarité normale, ma mère enseignait la sténodactylo dans la même institution. Mais on n'a jamais été ensemble parce qu'elle a arrêté de travailler quand elle nous a eues. Elle n'a repris le boulot que plus tard, j'avais douze ans. Elle faisait confiance à ses trois filles. On faisait tout : ménage, cuisine, lessive. On est passé du statut d'enfants insouciants à celui d'adolescentes responsables. Sans effort particulier. On a quand même protégé ma petite sour. J'étais une élève moyenne. Peut mieux faire.J'ai passé un bac A avec option maths. J'étais bonne en maths. Après, j'ai fait psycho jusqu'en licence. Là, j'ai triplé ma neuro. Je ne cherche pas d'excuse mais j'aidais beaucoup maman au magasin. papa était malade. J'ai arrêté mes études sur ces échecs répétés. Je me suis mariée, j'ai eu ma petite. J'ai préparé les concours d'instit et de conseiller principal d'éducation. Je les ai ratés. Un échec très mal vécu car j'ai toujours voulu aller vers l'éducation. Je me suis tournée vers le commerce d'épicerie comme mes parents. Je me suis régalée pendant dix ans. Au départ c'était alimentaire, normal pour l'épicerie fine et puis ça m'a permis de réaliser des projets : la maison. L'an dernier, j'ai eu envie de sortir de chez moi. J'ai cherché et j'ai trouvé le stage, seule. J'étais trop souvent à la maison.. L'impression de ne rien faire.Je ne me sentais pas productive. Mon mari a un bon salaire mais on n'a pas le superflu. Et puis c'est une question d'épanouissement pour moi. Je me souviens d'avoir redoublé ma seconde. Mais aujourd'hui, je vois ça autrement. On m'a manipulée. Mes parents ont trouvé ça normal. Ce qui est drôle c'est que mes deux sours ont également redoublé leur seconde. Je ne suis pas très liée avec mes deux sours. L'aînée me hait, c'est une question de jalousie, elle est blessante. Moi, j'ai l'esprit de famille, j'adore mes neveux, ses fils. Mais elle. Elle est la marraine de ma fille, jamais de cadeau, rien. Ma petite s'est trouvé une marraine de substitution. Mes parents l'ont protégée, ma sour, et la protège encore. Moi, ça fait trois ans que je n'ai pas de cadeau pour Noël. Ma mère m'a promis un super cadeau cette année si je n'en parle pas à ma sour. Elle rentre dans son jeu. Pourtant ma sour a tout, elle est mariée à un médecin mais elle a toujours cette jalousie viscérale. Avant, j'avais mes deux sours contre moi, ma petite sour était manipulée. Je me suis rapprochée d'elle mais on ne parle pas de notre sour aînée, c'est le tabou entre nous. Pour ma neurologie, toute la famille me reprochait d'échouer tout le temps, cette notion d'échec était très pénible, personne ne me portait. Même aujourd'hui, ma formation n'est pas valorisée, personne ne me dit que c'est chouette. En plus, la biologie me renvoie sur les échecs en neurologie. Pour le reste, ça va, en deux cours, j'ai fait la remise à niveau en maths et français. Je le fais pour mes enfants, c'est valorisant une maman qui travaille. Ma fille aînée disait tout le temps : maman, elle ne sait faire que le ménage.

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Interprétation de l'expression et de la position de l'être-sujet-au-monde dans la première histoire de Joss:


 

Préambule : Dans la première histoire, très nettement négatif, de Joss, le plaisir et surtout l'influence sont les deux expressions le plus importantes. La sensation d'obligations, bien que peu exprimée, est, elle aussi, fortement négative. Les deux locutions de capacité, assez exprimée, et de désir sont, quant à elles, globalement positives. La notion de certitude est totalement absente de cette histoire, mais si Joss paraît être plutôt dans le narratif que dans l'affirmation, cela est dû à la prépondérance des deux premières expressions.


Sujet : Joss parle assez peu d'elle-même, toute seule. Elle est bien plus souvent en comparaison avec autrui ou en relation avec des choses. Cette notion est assez équilibrée, elle y évoque des capacités un peu trop moyennes qui l'ont amenée à un échec dans le supérieur.


Sujet + Quelqu'un : Domaine hégémonique dans le premier discours de Joss, il est essentiellement négatif. Joss, bien qu'elle dise posséder le sens de la famille, d'adorer ses neveux, en veut à ses parents de l'avoir trop utilisée au magasin, ce qui lui a fait rater ses études, elle n'est pas très liée avec ses sours et rencontre de réelles difficultés avec sa sour aînée. Celles-ci sont encore augmentées du fait que sa mère semble les avoir entérinées. Par ailleurs, Joss a le sentiment d'avoir été manipulée, elle regrette amèrement de n'avoir jamais été soutenue dans ses études et que même aujourd'hui, dans cette formation d'aide soignante, personne ne la valorise. De plus, plusieurs éléments positifs de cette partie sont quelque peu ambigus, son changement de statut, d'enfant à adolescent, semble provoqué par le travail de sa mère, ou encore la protection de sa sour cadette, précédée d'un « quand même » dans le texte, laisse planer un doute quant à savoir contre quoi ou qui fallait-il la protéger.


Sujet + Quelque chose : Partie assez développée dans cette première histoire, elle est plutôt équilibrée, légèrement négative. Joss débute en parlant d'une scolarité normale avec certaines capacités, mais embraye bien vite sur ses échecs répétés dans le supérieur. Elle parle également de son envie de sortir de la maison dans laquelle elle se sentait confinée et, de ce stage qu'elle a trouvé, seule.


Quelqu'un : Elément assez peu important dans ce premier discours, Joss évoque l'échec de ses deux sours en seconde, comme elle-même, une sorte de fatalité familiale. Elle présente sa sour sous un jour particulièrement négatif, bien que mariée à un médecin, ayant tout pour être heureuse, sa jalousie est viscérale à tel point que la propre fille de Joss a dû se trouver une marraine de substitution.


Quelque chose : Rubrique, essentiellement négative, qui traite des rapports de Joss avec l'argent et l'échec.


Impersonnel : Rubrique presque totalement vide, Joss parle de son niveau scolaire juste moyen et, plus négativement de la sensation d'inertie, liée à son confinement domiciliaire.

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